Restauration des Paysages Forestiers (RPF): un chemin semé d’embûches

Cet article de blog a été publié pour la première fois par le Global Landscapes Forum en octobre 2017. Vous pouvez lire le texte original ici.
Même si la Restauration des Paysages Forestiers (RPF) semble être la solution idéale, d’importants obstacles entravent dans bien des cas sa mise en œuvre

Par Doug Johnson, traduction par Ilan Pargamin

Pour Wanjira Mathai, co-présidente du Conseil Global de Restauration (Global Restoration Council) du World Resources Institute (WRI) et présidente du Green Belt Movement, la mise en œuvre d’une véritable « approche RPF » pour chaque projet n’est pas chose facile.

« Avec l’aide du WRI et du NEPAD (New Partnership for Africa’s Development) et d’autres, nous avons élaboré de très bons systèmes de surveillance et construit des stratégies solides de mise en œuvre d’activités de restauration. Mais je pense que le défi majeur auquel il faut faire face aujourd’hui est d’impliquer les communautés là où la restauration est possible, et où des stratégies de mise en place concrètes existent déjà, » dit-elle à propos de l’Initiative de Restauration des paysages africains (AFR100), qui vise à restaurer 100 millions d’hectares de terres sur le continent d’ici 2030.

« En fin de compte, [restaurer] tous ces hectares, cela se fera sur le terrain. »

Mathai est la fille de Wangari Maathai, Prix Nobel de la Paix et fondatrice du Greenbelt Movement (Mouvement Ceinture Verte).

La RPF se distingue des processus de restauration habituels en cherchant à restaurer à une large échelle l’ensemble d’un écosystème. Mais, du fait de l’ambition louable de cet objectif et d’une myriade d’autres facteurs, restaurer un paysage dans toute son étendue est souvent irréaliste. Le besoin de financement en quantité suffisante vient aussi compliquer la tâche, explique Mathai.

Ainsi, les décisions doivent porter sur les meilleures façons de mettre en place la RPF dans chacun des cas. Les flèches n’atteignent hélas pas toujours leurs cibles.

Un article intitulé « Un Calendrier politique pour les Forêts mondiales et la Restauration des Paysages » met en lumière les objectifs et les obstacles que rencontre la RPF, et les façons dont elle pourrait être mise en place plus efficacement à l’avenir.

L’ensemble des difficultés dont l’article fait état trouve son unité autour d’un constat : il existe un manque d’harmonisation dans les manières de quantifier les résultats attendus et réels de la mise en œuvre de la RPF.

« Les méthodes pour classer et hiérarchiser les besoins de restauration dans l’espace et les résultats pour les propriétaires terriens ne sont pas assez développées, et enclencher une véritable action collective chez ces propriétaires devient beaucoup plus délicat, » peut-on lire dans la liste dressée par l’article.

L’article met également le doigt sur l’absence de consensus vis-à-vis de l’établissement des priorités de la RPF, par exemple au moment de déterminer où se présentent les besoins les plus urgents de restauration. Puis une fois la restauration accomplie, la question de la quantification et de la collecte des données en termes d’impact environnemental et économique est sujette à discussion.

Si cela ne suffisait pas, s’ajoute au reste le besoin de disséminer à tous les acteurs impliqués un savoir technique autour des pratiques de RPF et des outils nécessaires pour la mettre en place : fermiers, dirigeants d’entreprise, membres de gouvernement, etc.

« Qu’est-ce que la Restauration des Paysages Forestiers » par David Lamb, John Stanturf et Palle Madsen, montre que les définitions de l’activité de restauration et des meilleurs façons de la mettre en œuvre varient d’une région ou d’une organisation à l’autre.

Par exemple, l’article révèle que certains groupes croient nécessaire la définition d’un « site de référence » – des territoires permettant de dire comment l’écosystème fonctionnait avant qu’il ne soit dégradé, bien que cela puisse s’avérer compliqué là où l’intervention humaine est loin d’être récente.

Tony Rinaudo, principal conseiller pour les ressources naturels, la sécurité alimentaire et le changement climatique au World Vision en Australie, explique que la RPF a besoin  de se placer non seulement au niveau des décideurs publics mais surtout des fermiers.

Les gouvernements peuvent certes impliquer les populations dans l’action, le problème de la dégradation des terres nécessite que toute l’aide disponible soit apportée. Tony Rinaudo considère également que les projets à bas coût comme la Régénération Naturelle Assistées, qui fut un réel succès au Niger dans les années 1980, sont indispensables.

« L’énormité du problème de la dégradation des terres et des forêts est telle que je ne pense pas que les gouvernements puissent le résoudre à eux seuls, » confie-t-il par email.

« Je crois que l’AFR100 a joué le rôle de catalyseur et de point de ralliement pour aider les pays prendre en considération les problèmes de dégradation et à agir sur eux de façon décisive. »

Forest and Landscape Restoration (FLR) in Ethiopia. Photo by Mokhamad Edliadi/CIFOR

La RPF est dans ses premières années.

Si les connaissances actuelles sont encore lacunaires, la mise en œuvre délicate et les désaccords réels, l’article sur les principaux obstacles à la RPF met également en avant les opportunités de recherche future.

« De telles études produiront des connaissances fondamentales sur le fonctionnement des écosystèmes et devront bénéficier d’un fort soutien de la part des agences de recherche étatiques, qui peuvent apporter le soutien logistique et financier à des études de terrain de longue haleine. »

De plus, l’essence de la RPF est telle qu’elle évoluera dans le temps et s’adaptera aux besoins de l’environnement et des populations qui l’habitent.

Il y a encore du progrès à faire. Mais ce qui compte vraiment, c’est que des arbres soient plantés, « pour que ce ne soit pas seulement une discussion technique, mais une réalité, » dit Mathai.

« Tout est encore en chantier. Personne n’a toutes les réponses. »

Les stratégies de RPF ont pour but de restaurer la fonctionnalité écologique d’un territoire dégradé par des activités agricole, industrielle, des catastrophes naturelles, etc. et en même temps de faire profiter les populations locales de cette activité de restauration.

L’Evaluation des Ecosystèmes du Millénaire (Millenium Ecosystem Assessment) estime que 60% des écosystèmes à l’échelle mondiale ont été dégradés.

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