Restaurer Les Paysages Africains Dégradés Tout En Améliorant Les Droits Des Paysans

Cet article de blog a été publié pour la première fois par le World Resources Institute le 11 avril 2016. Vous pouvez lire le texte original ici 

Du Sahel au Bassin du Congo, les sécheresses et la désertification alimentées par la déforestation, le développement agricole et le changement climatique ont entraîné des pertes économiques considérables pour les pays africains, ainsi que de maigres chances d’assurer leur sécurité alimentaire. Environ 65 % des paysages du continent sont dégradés, entraînant ainsi une perte de 3 % du PIB agricole chaque année, en raison de la dégradation des sols et de l’appauvrissement en nutriments des terres cultivables.

En dépit de ces circonstances extrêmes, l’Afrique est également le terrain de la plus grande opportunité de restauration de paysages du monde avec plus de 700 millions d’hectares, soit une surface de la taille de l’Australie environ, selon une analyse publiée par le World Resources Institute, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et l’Université du Maryland (UMD). En particulier, trois pays ont déjà commencé ce processus de restauration des paysages en soutenant ceux pour qui l’initiative devrait apporter le plus d’avantages : les paysans en milieu rural.

Éthiopie

À cause de la déforestation extrême et de la dégradation des sols, ce sont moins de 3 % des forêts primaires de l’Éthiopie qui sont encore intactes, ce qui représente une perte économique de 1 à 2 millions USD par an. Dans le district de Humbo, de vastes opérations de déboisement ont été menées dans les années 60, notamment à cause de l’impact de l’agriculture et du ramassage sauvage du bois de chauffage. Au début des années 2000, 85 % des habitants du district de Humbo vivaient sous le seuil de pauvreté du fait de l’agriculture intensive, du surpâturage et de la déforestation de leur terre.  

Les activités agricoles représentent 85 % de l’ensemble des emplois de la région. Pour cette raison, l’organisation Vision mondiale et le Fonds biocarbone de la Banque mondiale travaillent, en collaboration avec les paysans, au développement d’un programme de restauration de 2 700 hectares de paysages dégradés et déboisés. Cela est réalisé au travers de différentes pratiques de restauration, dont la « régénération naturelle au niveau des communautés », pratique grâce à laquelle les membres de la communauté aident les arbres et les arbustes premiers à pousser sur les terres des forêts dégradées à partir de souches vivantes, de racines souterraines et des stocks semenciers dans le sol. La taille s’effectue principalement dans le but de gérer les densités d’arbres et de collecter du bois de chauffage en fonction des besoins. Par ailleurs, ils gèrent soigneusement le bétail et clôturent des zones de superficie importante pour les protéger des humains et des animaux et permettre à la végétation première de se régénérer. En favorisant le reboisement naturel, les villageois sont non seulement en mesure de restaurer les arbres du paysage, mais aussi de produire et vendre du bois de chauffage, des fruits des bois et des noix.

Mais tout cela n’aurait pas pu se faire sans garantir les droits à la terre et aux ressources des paysans. Dans beaucoup d’endroits en Afrique, les paysans et les communautés ne bénéficient pas de la propriété juridique sur leur terre ni des droits de gestion de ses ressources. Cela leur donne peu de raisons de protéger les ressources de leurs fermes, comme les arbres par exemple, surtout s’ils ne peuvent pas profiter de leurs avantages, tels que les revenus liés à la vente de bois de chauffage, de fourrage, de fruits et d’autres produits.  Pendant la mise en œuvre du projet dans le district de Humbo, la propriété foncière est passée des mains de l’État à celles des membres des communautés locales grâce à deux lois : « Federal Rural Land Administration and Land Use Proclamation No. 456/2005 » et « Rural Land Administration and Utilization Proclamation No. 53/2003 ». Sept coopératives communautaires possédant un titre de propriété légal ont pris en charge la gestion du projet et donné les moyens aux populations de prendre leurs propres décisions en matière de mise en œuvre de la génération naturelle sur leurs propres parcelles.  Le projet Humbo a proposé une innovation supplémentaire d’importance particulière : la formalisation des accords avec les communautés locales, dans le but de leur conférer le droit de tirer profit des revenus générés par le carbone piégé dans les forêts régénérées.

 

Niger

Dans les années 70 et 80, la famine et la pauvreté rurale de grande ampleur affectaient les régions de Maradi et de Zinder au Niger en raison de périodes de sécheresse, de désertification et de mauvaises récoltes. Toutefois, les perspectives ont commencé à changer vers le milieu des années 80, quand les deux régions ont démarré les efforts de restauration des paysages grâce à la régénération naturelle assistée menée par les paysans, ce qui a engendré une rapide expansion des nouveaux systèmes agroforestiers. Dès que les paysans ont permis aux arbres comme le Faidherbia albida de repousser sur leurs terres agricoles, le réseau de racines et les feuilles mortes ont fertilisé les sols. Depuis les années 1985, plus d’un million de foyers ruraux du Niger ont protégé et assuré la gestion des arbres recouvrant une surface de 5 millions d’hectares dans les régions densément peuplées de Maradi et de Zinder. Ces arbres ont aidé à augmenter la production de céréales de 500 000 tonnes par an (suffisamment pour nourrir 2,5 millions de personnes), ainsi qu’à doubler ou tripler les revenus de la vente de feuilles comestibles et de miel, et à piéger cinq tonnes (en moyenne) de carbone par hectare de paysage restauré.

Cela n’aurait pas pu se faire sans une amélioration des droits des paysans à la terre et aux arbres. Avant les années 80, les arbres et les produits des arbres appartenaient à l’État. Cependant en 1982, le gouvernement a lancé un processus qui s’est finalement soldé par la révision du Code des forêts en 2004. Celle-ci a formellement reconnu le droit des individus à utiliser les ressources des forêts situées dans les zones habitées par les communautés locales. Le fait de donner les moyens aux paysans de prendre leurs propres décisions en matière de gestion des arbres sur leurs terres a permis que les améliorations de l’alimentation et des moyens de subsistance leur bénéficient.

Tanzanie

En 1985, la région de Shinyanga en Tanzanie s’était transformée en semi-désert, principalement en raison de la déforestation causée par le développement agricole. La structure agricole de la Tanzanie était telle que la grande majorité des paysans pratiquaient des cultures de rente comme le tabac et le coton, ce qui leur laissait peu de temps ou de terres disponibles pour l’agriculture de subsistance.

En 1986, le gouvernement de Tanzanie a donc mis en place un programme communautaire de conservation des sols appelé « Shinyanga Soil Conservation Program » (HASHI). Un aspect central du programme consistait à raviver la pratique traditionnelle du « ngitili » qui implique de clôturer une zone de végétation pour la protéger du bétail du début à la fin de la saison des pluies. Au cours des 18 ans écoulés depuis son introduction, le programme HASHI a aidé 2,8 millions de personnes à restaurer 500 000 hectares de terres individuelles et communautaires. Cela a permis de dégager les terres nécessaires à l’agriculture de subsistance, ainsi que d’améliorer la nutrition et les revenus de la vente des produits agricoles comme le miel et les fruits sauvages.

Le programme HASHI a également permis d’améliorer les formes traditionnelles de la propriété foncière. Grâce aux lois « Land Act » et « Village Land Act » de 1999, l’État a autorisé les conseils de district à modifier le régime foncier des terres relatif aux populations locales. Cela a permis aux villageois de récolter et de vendre légalement les produits agricoles issus de leurs exploitations, ainsi que d’être exemptés des impôts locaux sur les produits forestiers comme le charbon et le bois de chauffage.

Apprentissages tirés des résultats positifs

Ces résultats positifs ont inspiré le lancement d’un mouvement panafricain visant à restaurer 100 millions d’hectares supplémentaires en Afrique d’ici 2030, au travers de l’initiative AFR100. L’AFR100 vise à garantir un processus de restauration qui respecte l’équilibre entre les objectifs sociaux, économiques et environnementaux, en donnant aux groupes locaux les moyens de clarifier et de faire valoir leurs droits à la terre et aux ressources. Jusqu’à présent, 13 nations africaines se sont engagées à restaurer plus de 46 millions d’hectares. En parallèle, les principaux investisseurs se sont engagés à hauteur de 546,5 millions USD. En s’appuyant sur les résultats positifs obtenus jusqu’à présent, il est indéniable que l’Afrique est en mesure de restaurer ses paysages et de redevenir une terre productive.

 

 

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